Vous avez enfin la lunette qu’il vous fallait, choisie et comprise grâce au module sur les réglages de sa lunette. Il reste à la fixer sur l’arme. Beaucoup de débutants pensent que c’est l’affaire de dix minutes et de quatre vis, puis n’arrivent jamais, au stand, à faire coïncider leur visée avec leurs impacts. Neuf fois sur dix, le problème n’est ni l’arme, ni les munitions, ni le tireur : il est dans le montage. Une lunette mal fixée ne se rattrape pas au réglage, elle se remonte.
Avertissement. Ce module est pédagogique. Il ne remplace ni la réglementation française sur les armes, ni l’encadrement d’un club, ni la notice de votre matériel.


L’embase : le rail qui porte tout le reste
Sur le dessus de l’arme, juste au-dessus de l’endroit où se loge la munition, se trouve une pièce plate qu’on appelle le boîtier de culasse (la partie fixe du mécanisme, sur laquelle vient se fixer tout le reste). Avant de poser une lunette, il faut d’abord y visser une embase : un petit rail métallique, taillé d’encoches régulières, qui sert de point d’ancrage. Sans elle, rien ne peut tenir sur l’arme. C’est la fondation d’une maison : si elle est de travers, tout ce qu’on construit dessus l’est aussi.
Deux standards d’encoches se partagent le marché, et ils ne sont pas interchangeables. Le Picatinny est le standard actuel : ses encoches sont régulières et normalisées, ce qui garantit qu’un accessoire Picatinny se fixe sur n’importe quelle embase Picatinny. Le Weaver, plus ancien, a des encoches plus étroites et irrégulières d’un modèle à l’autre. Un accessoire Weaver se fixe généralement sur une embase Picatinny, mais l’inverse n’est pas garanti : mieux vaut vérifier la compatibilité annoncée par le fabricant que de forcer.
L’embase existe aussi sous deux formes. Le monobloc est une seule pièce usinée d’un bout à l’autre du boîtier de culasse : elle garantit un alignement parfait et plus de rigidité, mais coûte plus cher et exige un boîtier parfaitement plan. Les deux embases séparées, une à l’avant et une à l’arrière, sont plus simples à poser et moins chères, mais tolèrent moins bien un défaut de planéité entre les deux points de fixation. Pour un usage courant, les deux solutions fonctionnent très bien ; le monobloc devient surtout intéressant en tir à très longue distance.
L’embase pentée : le point que personne n’explique

Voici l’idée la plus mal comprise de tout ce module, alors qu’elle change tout à longue distance. Imaginez un rétroviseur de voiture dont la molette de réglage est déjà arrivée en butée (le point mécanique où une pièce ne peut plus aller plus loin, quelle que soit la force appliquée) : impossible d’incliner davantage le miroir, même si vous en auriez besoin. La seule solution, c’est de glisser une cale sous le pied du rétroviseur pour changer son point de départ, et retrouver ainsi toute la plage de réglage dont vous avez besoin.
Une lunette de tir a exactement ce problème. Sa molette d’élévation (le réglage qui déplace l’impact vers le haut ou vers le bas) n’a qu’une course limitée. Sur une embase parfaitement plate, réglée pour un tir précis à cent mètres, cette course se consomme entièrement bien avant d’atteindre les grandes distances : on tourne la molette, on tourne encore, et on arrive en butée avant même d’avoir assez corrigé pour que la balle, qui tombe de plus en plus à mesure qu’elle s’éloigne, retrouve la cible.
Une embase pentée résout ce problème comme la cale sous le rétroviseur : elle incline la lunette vers le bas d’un angle connu et fixe, dès le montage. Elle ne change rien à la physique de la balle, elle déplace simplement le point de départ de la molette, ce qui restitue de la course d’élévation disponible pour les grandes distances. Les valeurs courantes sont 0 MOA (une embase plate, sans pente), 20 MOA, 30 MOA et 40 MOA, une unité d’angle qu’on a déjà croisée dans le module sur le vocabulaire du tir ; certains fabricants annoncent la même chose en MIL, une autre unité d’angle, avec par exemple 6 MIL qui équivaut à peu près à 20,6 MOA. Un ordre de grandeur simple à retenir : une embase de 20 MOA couvre la grande majorité des usages, jusqu’à environ mille mètres.
Il y a cependant un contre-effet qu’on vous dit rarement franchement : plus l’embase est pentée, plus elle « mange » de course en bas. Une pente trop forte pour votre usage réel peut rendre impossible le réglage du zéro à cent mètres (l’étape qui fait coïncider ce que vise la lunette et ce que touche la balle), tout simplement parce que la molette arrive en butée basse avant d’y parvenir. Monter une embase à 40 MOA sur une arme qui ne sortira jamais au-delà de trois cents mètres n’est pas un perfectionnement, c’est une erreur qui peut vous empêcher de régler votre arme.
Les colliers : le bon diamètre, la bonne hauteur

Les colliers sont les pièces qui viennent se refermer sur le tube de la lunette, comme des menottes, pour la maintenir serrée sur l’embase. Leur diamètre doit correspondre exactement à celui du tube de votre lunette : 25,4 millimètres (soit un pouce), 30, 34 ou 35 millimètres selon les modèles. Il n’y a ici aucune tolérance possible et aucune bague de rattrapage à improviser pour combler un écart : un collier trop large écrase le tube de façon inégale, un collier trop étroit ne serre pas correctement. Le diamètre se lit sur la notice de la lunette, pas à l’œil.
La hauteur des colliers (basse, moyenne ou haute) répond à deux contraintes à satisfaire en même temps. D’abord, la cloche de l’objectif (l’extrémité avant, plus large, de la lunette) ne doit toucher ni le canon ni l’embase : un jeu de quelques millimètres suffit, mais il doit exister. Ensuite, votre joue doit se poser naturellement sur la crosse dans votre position de tir habituelle, sans avoir à lever la tête ni à l’écraser pour retrouver l’image. L’erreur la plus fréquente est de monter les colliers trop hauts « pour être tranquille » sur le dégagement de l’objectif : on gagne ce dégagement, mais on perd une position de tête confortable et répétable, ce qui coûte bien plus cher en précision.
Comme pour l’embase, les colliers existent en version monobloc ou en deux pièces séparées : le monobloc supprime tout risque de désalignement et rigidifie l’ensemble, mais coûte plus cher et interdit d’ajuster l’écartement entre les deux points de serrage.
Le montage, étape par étape
L’ordre compte autant que les gestes eux-mêmes. Voici la séquence complète.

- La sécurité d’abord, sans exception. L’arme doit être déchargée, le chargeur retiré, et la chambre (le logement où se place la munition) vérifiée deux fois : à l’œil, en regardant directement dedans, et au doigt, en la palpant, pour être absolument certain qu’elle est vide.
- Dégraisser les surfaces de contact et les filetages des vis, à l’alcool ou avec un dégraissant adapté. Une trace de graisse empêche les vis de tenir correctement, aussi serrées soient-elles.
- Fixer l’embase sur le boîtier de culasse, avec du frein-filet (une colle spéciale, appliquée sur le filetage des vis, qui les empêche de se desserrer toutes seules sous les vibrations du tir) sur chaque vis. Le serrage se fait au couple, c’est-à-dire avec une clé dynamométrique réglée sur une valeur précise plutôt qu’au ressenti de la main : l’ordre de grandeur habituel tourne autour de 4 à 5 newton-mètres (l’unité qui mesure la force de serrage), mais la notice du fabricant fait toujours autorité.
- Poser les colliers, y engager le tube de la lunette, et serrer très légèrement, juste assez pour que la lunette tienne mais puisse encore glisser et pivoter à la main.
- Régler le dégagement oculaire en position de tir réelle, jamais sur l’établi. Le dégagement oculaire est la distance entre votre œil et l’arrière de la lunette qui donne une image pleine, sans croissant noir sur le bord. Installez-vous comme au stand, épaule dans la crosse, et faites glisser la lunette dans les colliers jusqu’à obtenir cette image pleine dès que vous prenez position. Trop près, le recul de l’arme au tir peut blesser l’arcade sourcilière.
- Mettre le réticule de niveau, c’est-à-dire parfaitement vertical, mais par rapport à l’arme elle-même, jamais par rapport au paysage, qui peut être trompeur. On utilise un niveau à bulle posé sur l’embase, un second sur la molette d’élévation, ou un fil à plomb observé à vingt-cinq mètres.
- Le serrage final des colliers se fait en croix, par passes successives plutôt qu’en serrant une vis à fond avant l’autre, toujours au couple indiqué par le fabricant : l’ordre de grandeur habituel tourne autour de 2 à 2,5 newton-mètres, là encore seule la notice fait foi.
- Vérifier une dernière fois le niveau, puis fixer une bulle de niveau indépendante sur le tube : elle vous permettra, au stand, de vérifier d’un coup d’œil que vous ne tenez pas l’arme légèrement penchée sur le côté.
Le préréglage qui économise vingt cartouches
Une fois la lunette montée, il reste une étape avant d’aller au stand, et elle est presque toujours sautée. Elle rend pourtant le premier réglage au stand beaucoup plus rapide.

La première chose à faire est le centrage mécanique des tourelles, les molettes qui déplacent réellement le point d’impact. On tourne chaque molette d’une butée à l’autre en comptant le nombre de tours, puis on revient exactement à la moitié de ce compte. On démarre ainsi au centre de la course de réglage, et non à un endroit inconnu où l’on risquerait d’arriver en butée dès les premières corrections.
La seconde étape s’appelle le réglage au canon. Sur les armes où c’est possible, on retire la culasse (la pièce mobile qui ferme la chambre), on cale l’arme pour qu’elle reste parfaitement immobile, et on regarde directement dans le canon, comme dans un tube. On centre une cible bien visible dans ce tube, sans plus toucher à l’arme, puis, en agissant uniquement sur les tourelles, on amène le réticule sur cette même cible. La lunette et le canon pointent désormais approximativement au même endroit, avant même le premier coup de feu. Il existe aussi un accessoire, le collimateur laser de chambre, qui rend ce réglage encore plus simple. L’économie réelle, pour ces quelques minutes de plus au montage, se compte en quinze à vingt cartouches et une bonne heure de stand : sans elle, les premiers coups tirés pour trouver la cible peuvent partir n’importe où.
Erreurs fréquentes
- Serrer les vis trop fort, jusqu’à écraser légèrement le tube : la lunette est alors définitivement abîmée, même si rien ne se voit de l’extérieur.
- Serrer trop peu, ou oublier le frein-filet : le zéro se déplace d’une séance à l’autre sans cause apparente, parce que les vibrations du tir desserrent progressivement les vis.
- Monter le réticule de travers. Pensez à un cadre accroché légèrement de biais : sur un petit mur, personne ne le remarque ; sur un grand pan bien éclairé, tout le monde le voit. La distance joue ce rôle d’agrandisseur : un réticule à peine de travers produit une dérive invisible à cent mètres et rédhibitoire à huit cents mètres.
- Choisir un diamètre de collier approximatif ou improviser une cale pour compenser un mauvais diamètre.
- Prendre une embase trop pentée pour son usage réel, au point de ne plus pouvoir régler son zéro à cent mètres.
À retenir
- L’embase fixe la lunette sur l’arme : Picatinny est le standard actuel, Weaver n’est compatible que dans un sens, sans jamais forcer.
- Une embase pentée incline la lunette vers le bas pour restituer de la course d’élévation à longue distance ; trop de pente empêche de régler son zéro à cent mètres.
- Le diamètre des colliers doit correspondre exactement au tube de la lunette, et leur hauteur doit laisser un jeu à l’objectif tout en gardant une position de tête naturelle.
- Le dégagement oculaire et la mise de niveau du réticule se règlent en position de tir réelle, jamais sur l’établi, et par rapport à l’arme, jamais par rapport au paysage.
- Tous les couples de serrage donnés ici sont des ordres de grandeur : la notice du fabricant fait toujours autorité.
Suite : La position de tir et, pour aller directement au réglage du zéro à cent mètres, une fois la lunette montée et le préréglage effectué.
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